Lettre Equine – Mars 2025

Point technique : la gale de boue

Avec notre météo assez douce et humide, soyons honnête, voilà un motif de consultation très fréquent.

Votre cheval présente sur le bas d’un ou plusieurs membres des croûtes, une inflammation, et éventuellement un engorgement.  Ne serait-ce pas la fameuse « gale de boue » ?

 

« La gale de boue, qu’est-ce donc ?

La « gale de boue » est une infection de la peau consécutive au développement d’une bactérie appelée Dermatophilus congolensis qui apprécie l’humidité. C’est la même bactérie qui peut parfois provoquer des lésions sur le dos du cheval.

Ce n’est donc pas une gale qui est, elle, provoquée par un acarien parasite, mais une pyodermite. Elle est très fréquente en hiver lorsque les terrains sont humides. La guérison peut être longue, et nécessite une gestion de l’environnement et des soins locaux méticuleux.

Quel cheval est prédisposé à cette infection ?

En premier lieu celui qui vit dehors, par rapport à celui qui est en box, tout est question d’humidité et de macération. Il y a des types de peau qui y sont plus sensibles, notamment la peau dépigmentée des balzanes. 

Comment se manifeste-t-elle ?

La gale de boue est associée à une perte de poils, à de l’inflammation locale (la peau des balzanes est rouge), à des sécrétions avec formation de croûtes, parfois à de l’engorgement. La gale de boue ne gratte pas. En revanche, elle peut être douloureuse, même si rarement associée à une boiterie. Des crevasses peuvent coexister avec la gale de boue, bien qu’elles ne soient pas dues à l’infection mais à une peau confrontée à l’humidité et au sable de carrière par exemple. Elle n’est pas contagieuse. Mais les même causes produisant les mêmes effets, plusieurs chevaux d’une même écurie sont souvent atteints.

Quels sont les soins de base ?

Nettoyer et désinfecter avec un savon à base de chlorhexidine : nous apprécions le PYODERM qui est très peu agressif pour la peau. Il convient de savonner délicatement à l’eau tiède, afin de retirer les croûtes sans les arracher. Rincer à l’eau claire pour éliminer les résidus de terre et les croûtes. Sécher avec une serviette éponge propre. Recouvrir d’une pommade grasse antiseptique : Nous recommandons le CREMASSYL. Il faut parfois persévérer plusieurs semaines, surtout lorsque l’infection est bien installée !

Attention, parfois, ce qui semble être une simple « gale de boue » peut se révéler être une affection plus complexe : surinfection par d’autres bactéries, dermatophytose (teigne), vraie gale chorioptique, maladie auto-immune, vascularite du paturon, lymphoedème chronique…
Si les symptômes persistent ou s’agravent, il convient de solliciter une consultation.

Bien utiliser les médicaments vétérinaire chez les équidés. Première partie : la prescription

 

« Bonjour, je voudrais 5 vermifuges pour mes chevaux et un flacon de Stop-Coliquine

– Avez vous une ordonnance ?

– Non, mais je dois les vermifuger comme je le fais toujours, deux fois par an ! Et j’aime bien avoir un flacon de Stop-Coliquine  chez moi en cas de coliques, je sais faire les injections, pas de problème

– Désolé, mais nous ne pouvons pas légalement satisfaire votre demande. Pour les vermifuges, il faut qu’un vétérinaire procède à l’examen clinique de vos chevaux et vous délivre une ordonnance. Et pour le flacon ça ne peut être possible que pour les élevages où nos vétérinaires interviennent régulièrement et sous réserve qu’un Bilan Sanitaire et un Protocole de Soin annuels aient été réalisés. Je suis désolé…

– ?!?!? « 

C’est là un échange fréquemment entendu à la clinique. Il va sans dire que vous admettez difficilement devoir payer une consultation pour avoir le droit de vermifuger vos chevaux. Et vous ne comprenez pas toujours pourquoi il vous est interdit de conserver un médicament qui pourrait soulager votre cheval en cas de petites coliques.
Pour être tout à fait honnête, c’est difficile pour nous également. Nous vous connaissons en général bien ainsi que vos chevaux et notre ambition est d’abord de les soigner, les soulager et de vous accompagner.

Nous ne pouvons pas cependant nous affranchir d’un cadre législatif très strict qui régit la prescription et la délivrance du médicament vétérinaire. « La loi est dure mais c’est la loi ».

C’est quoi un médicament vétérinaire ?

Un médicament sert à soigner un équidé malade, et dans quelques cas à prévenir les maladies. C’est dans ce seul cadre qu’il doit être utilisé, selon les réglementations en vigueur.

Sa mise sur le marché est réglementée.
  •  Études en amont pour démontrer son efficacité, son innocuité et déterminer un temps d’attente pour les denrées alimentaires avant abattage.
  •  Mise au point de procédés de fabrication et de contrôles pour garantir une production de qualité
  •  Obtention d’une autorisation de mise sur le marché (AMM) délivrée par l’Agence Nationale du Médicament Vétérinaire (ANMV) pour une espèce donnée et des indications précises.
Son acquisition, son stockage et son utilisation par un détenteur d’équidés sont réglementés par le code de la santé publique.
  •  Règles de prescription, délivrance et administration à respecter.
  • Contrôles du respect des règles relatives à la pharmacie vétérinaire chez les détenteurs et les vétérinaires par les DDPP et ARS

Propre et bien ordonnée !

La prescription de médicament vétérinaire
Qui prescrit ?

Un vétérinaire inscrit à l’Ordre des vétérinaires.

Quel médicament ?
  •  En priorité un médicament possédant une AMM pour les équidés, s’il existe.
  • Si le cheval est exclu de la consommation humaine : tous les médicaments autorisés peuvent être prescrits en respectant « la cascade ». C’est à dire que le vétérinaire doit impérativement prescrire un médicament vétérinaire avec une AMM dans une autre espèce s’il existe. Et s’il n’y a pas d’autre solution, un médicament « humain »
  •  Si le cheval n’est pas exclu de la consommation humaine : certains médicaments ne peuvent pas être prescrits
Quelles obligations pour le détenteur ?
  •  Il présente le document d’identification du cheval au vétérinaire qui vérifie son statut vis-à-vis de la consommation.
  • Il informe le vétérinaire de sa participation éventuelle à une compétition ou course.
Quelles obligations pour le vétérinaire ?
  • Pratiquer un examen clinique ! Sauf dans le cadre d’un suivi sanitaire permanent de l’élevage pour certaines maladies.
  • Rédiger une ordonnance
  • Exclure le cheval de la consommation si nécessaire
  • Remplir le registre d’élevage

Donc, toute prescription de médicaments doit se faire après examen clinique de l’équidé et après établissement d’un diagnostic vétérinaire. Il nous est par conséquent INTERDIT de vous prescrire et délivrer des vermifuges ou un spasmolytique à la clinique sans avoir au préalable examiné votre cheval.
Toutefois, pour les éleveurs ou écuries avec un nombre important de chevaux il est prévu de pouvoir assouplir cette disposition. C’est le suivi sanitaire permanent.

Astuce : Profitons de la consultation vaccinale pour établir un protocole de vermifugation et vous remettre une ordonnance pour vos vermifuges. Les coproscopies sont par ailleurs recommandées pour optimiser vos vermifugations

Le suivi sanitaire permanent

Il est possible de prescrire des médicaments sans examen préalable systématique des équidés, si les conditions cumulatives suivantes sont réunies :

  1.  Le vétérinaire dispense des soins réguliers, enregistrés dans le registre d’élevage.
  2.  Il réalise un bilan sanitaire d’élevage annuel, document qui établit l’état sanitaire de référence des équidés.
  3.  Il met en œuvre un protocole de soins, qui définit :
    • les actions à mener par le détenteur pour améliorer
    • les conditions sanitaires des équidés notamment
    • les actions prioritaires contre les affections déjà rencontrées,
    • la liste des affections auxquelles les écuries ont déjà été confrontées pour lesquelles les traitements peuvent être prescrits sans examen préalable systématique des animaux,
    • les critères d’alerte nécessitant l’intervention du vétérinaire.

4. Il effectue des visites régulières de suivi (a minima une visite par an qui doit être distincte du bilan sanitaire annuel).

En conclusion

Si vous êtes un particulier : La prescription d’un médicament vétérinaire ne peut être prescrit que par un vétérinaire et après un examen clinique de votre cheval.

Si vous êtes un éleveur, un professionnel chez qui nous intervenons fréquemment, il convient de réaliser un bilan sanitaire d’élevage pour encadrer la prescription de certains médicaments bien précis.

Si votre choix est d’exclure votre cheval de la consommation, il faut nous demander de le faire : sur son carnet ET sur internet.

Prochainement

Saison 1 – épisode 2 : Médicaments et exclusion de la filière bouchère, dopage
Saison 1 – épisode 3 : Délivrance et administration correcte du médicament et de sa conservation
Saison 1 –  épisode 4 : Gestion des déchets liés aux médicaments

La détention de médicaments d’urgence (exemple : antispasmodiques pour les coliques) n’est tolérée que dans le cadre de ce suivi sanitaire permanent.

La photo du mois

Générations futures !